Dix minutes ne s’étaient pas écoulées, l’on vit s’ébranler le carrosse du gouverneur. Il s’approcha de la porte. Le gouverneur parut, monta dans le carrosse qui s’apprêta à sortir.
Mais alors la même cérémonie eut lieu pour le maître du logis que pour un étranger suspect; la sentinelle de la cage s’avança au moment où le carrosse allait passer sous la voûte, et le gouverneur ouvrit sa portière pour obéir le premier à la consigne.
De cette façon, la sentinelle put se convaincre que nul ne sortait de la Bastille en fraude.
Le carrosse roula sous la voûte.
Mais, au moment où l’on ouvrait la grille, l’officier s’approcha du carrosse arrêté pour la seconde fois, et dit quelques mots au gouverneur.
Aussitôt le gouverneur passa la tête hors de la portière et aperçut Aramis à cheval à l’extrémité du pont-levis.
Il poussa aussitôt un grand cri de joie, et sortit, ou plutôt s’élança de son carrosse, et vint, tout courant, saisir les mains d’Aramis en lui faisant mille excuses. Peu s’en fallut qu’il ne les lui baisât.
— Que de mal pour entrer à la Bastille, monsieur le gouverneur! Est-ce de même pour ceux qu’on y envoie malgré eux que pour ceux qui y viennent volontairement?
— Pardon, pardon. Ah! monseigneur, que de joie j’éprouve à voir Votre Grandeur!
— Chut! Y songez-vous, mon cher monsieur de Baisemeaux! Que voulez vous qu’on pense de voir un évêque dans l’attirail où je suis?