— J’irai donc seul? dit d’Artagnan.

— Hélas! oui! mais revenez dîner surtout.

— Pardieu! on mange trop bien chez vous pour que je n’y revienne pas.

Et là-dessus d’Artagnan quitta son hôte, salua les convives, prit son arquebuse, mais, au lieu de chasser, courut tout droit au petit port de Vannes.

Il regarda en vain si on le suivait; il ne vit rien ni personne.

Il fréta un petit bâtiment de pêche pour vingt-cinq livres et partit à onze heures et demie, convaincu qu’on ne l’avait pas suivi. On ne l’avait pas suivi, c’était vrai. Seulement, un frère jésuite, placé au haut du clocher de son église, n’avait pas, depuis le matin, à l’aide d’une excellente lunette, perdu un seul de ses pas. À onze heures trois quarts, Aramis était averti que d’Artagnan voguait vers Belle-Île.

Le voyage de d’Artagnan fut rapide: un bon vent nord-nord-est le poussait vers Belle-Île.

Au fur et à mesure qu’il approchait, ses yeux interrogeaient la côte. Il cherchait à voir, soit sur le rivage, soit au-dessus des fortifications, l’éclatant habit de Porthos et sa vaste stature se détachant sur un ciel légèrement nuageux.

D’Artagnan cherchait inutilement; il débarqua sans avoir rien vu, et apprit du premier soldat interrogé par lui que M. du Vallon n’était point encore revenu de Vannes.

Alors, sans perdre un instant, d’Artagnan ordonna à sa petite barque de mettre le cap sur Sarzeau.