On sait que le vent tourne avec les différentes heures de la journée; le vent était passé du nord-nord-est au sud-est; le vent était donc presque aussi bon pour le retour à Sarzeau qu’il l’avait été pour le voyage de Belle-Île. En trois heures, d’Artagnan eut touché le continent; deux autres heures lui suffirent pour gagner Vannes.

Malgré la rapidité de la course, ce que d’Artagnan dévora d’impatience et de dépit pendant cette traversée, le pont seul du bateau sur lequel il trépigna pendant trois heures pourrait le raconter à l’histoire. D’Artagnan ne fit qu’un bond du quai où il était débarqué au palais épiscopal.

Il comptait terrifier Aramis par la promptitude de son retour, et il voulait lui reprocher sa duplicité, avec réserve toutefois, mais avec assez d’esprit néanmoins pour lui en faire sentir toutes les conséquences et lui arracher une partie de son secret.

Il espérait enfin, grâce à cette verve d’expression qui est aux mystères ce que la charge à la baïonnette est aux redoutes, enlever le mystérieux Aramis jusqu’à une manifestation quelconque.

Mais il trouva dans le vestibule du palais le valet de chambre qui lui fermait le passage tout en lui souriant d’un air béat.

— Monseigneur? cria d’Artagnan en essayant de l’écarter de la main.

Un instant ébranlé, le valet reprit son aplomb.

— Monseigneur? fit-il.

— Eh! oui, sans doute; ne me reconnais-tu pas, imbécile?

— Si fait; vous êtes le chevalier d’Artagnan.