On eût dit une maison enchantée.
La marquise alluma les candélabres, respira le parfum des fleurs, s’assit et tomba bientôt dans une profonde rêverie.
Mais cette rêverie, toute mélancolique, était imprégnée d’une certaine douceur.
Elle voyait devant elle un trésor étalé dans cette chambre. Un million qu’elle avait arraché de sa fortune comme la moissonneuse arrache un bleuet de sa couronne.
Elle se forgeait les plus doux songes.
Elle songeait surtout et avant tout au moyen de laisser tout cet argent à M. Fouquet sans qu’il pût savoir d’où venait le don. Ce moyen était celui qui naturellement s’était présenté le premier à son esprit.
Mais, quoique, en y réfléchissant, la chose lui eût paru difficile, elle ne désespérait point de parvenir à ce but.
Elle devait sonner pour appeler M. Fouquet, et s’enfuir plus heureuse que si, au lieu de donner un million, elle trouvait un million elle-même.
Mais, depuis qu’elle était arrivée là, depuis qu’elle avait vu ce boudoir si coquet, qu’on eût dit qu’une femme de chambre venait d’en enlever jusqu’au dernier atome de poussière; quand elle avait vu ce salon si bien tenu, qu’on eût dit qu’elle en avait chassé les fées qui l’habitaient, elle se demanda si déjà les regards de ceux qu’elle avait fait fuir, génies, fées, lutins ou créatures humaines, ne l’avaient pas reconnue.
Alors Fouquet saurait tout; ce qu’il ne saurait pas, il le devinerait; Fouquet refuserait d’accepter comme don ce qu’il eût peut-être accepté à titre de prêt, et, ainsi menée, l’entreprise manquerait de but comme de résultat.