Manicamp se redressa et prit ses grands airs de cérémonie.
Le guitarrero fourra sa guitare sous une table et tira le tapis pour la dissimuler aux yeux du prince.
Madame seule ne bougea point, et, souriant à son époux, lui répondit:
— Est-ce que ce n’est pas l’heure de votre toilette?
— Que l’on choisit pour se divertir, grommela le prince.
Ce mot malencontreux fut le signal de la déroute: les femmes s’enfuirent comme une volée d’oiseaux effrayés; le joueur de guitare s’évanouit comme une ombre; Malicorne, toujours protégé par Montalais, qui élargissait sa robe, se glissa derrière une tapisserie. Pour Manicamp, il vint en aide à de Guiche, qui, naturellement, restait auprès de Madame, et tous deux soutinrent bravement le choc avec la princesse. Le comte était trop heureux pour en vouloir au mari; mais Monsieur en voulait à sa femme.
Il lui fallait un motif de querelle; il le cherchait, et le départ précipité de cette foule, si joyeuse avant son arrivée et si troublée par sa présence, lui servit de prétexte.
— Pourquoi donc prend-on la fuite à mon aspect? dit-il d’un ton rogue.
Madame répliqua froidement que, toutes les fois que le maître paraissait, la famille se tenait à l’écart par respect.
Et, en disant ces mots, elle fit une mine si drôle et si plaisante, que de Guiche et Manicamp ne purent se retenir. Ils éclatèrent de rire; madame les imita; l’accès gagna Monsieur lui-même, qui fut forcé de s’asseoir, parce que, en riant, il perdait trop de sa gravité.