— Madame! Madame!

Et le roi s’approcha.

— Écoutez, Sire, continua la jeune femme en prenant peu à peu sur son interlocuteur l’ascendant que lui donnaient sa beauté, sa nerveuse nature; je suis accoutumée à souffrir. Jeune encore, j’ai été humiliée, j’ai été dédaignée. Oh! ne me démentez pas, Sire, dit-elle avec un sourire.

Le roi rougit.

— Alors, dis-je, j’ai pu croire que Dieu m’avait fait naître pour cela, moi, fille d’un roi puissant; mais, puisqu’il avait frappé la vie dans mon père, il pouvait bien frapper en moi l’orgueil. J’ai bien souffert, j’ai bien fait souffrir ma mère; mais j’ai juré que, si jamais Dieu me rendait une position indépendante, fût-ce celle de l’ouvrière du peuple qui gagne son pain avec son travail, je ne souffrirais plus la moindre humiliation. Ce jour est arrivé; j’ai recouvré la fortune due à mon rang, à ma naissance; j’ai remonté jusqu’aux degrés du trône; j’ai cru que, m’alliant à un prince français, je trouverais en lui un parent, un ami, un égal; mais je m’aperçois que je n’ai trouvé qu’un maître, et je me révolte, Sire. Ma mère n’en saura rien, vous que je respecte et que… j’aime…

Le roi tressaillit; nulle voix n’avait ainsi chatouillé son oreille.

— Vous, dis-je, Sire, qui savez tout, puisque vous venez ici, vous me comprendrez peut-être. Si vous ne fussiez pas venu, j’allais à vous. C’est l’autorisation de partir librement que je veux. J’abandonne à votre délicatesse, à vous, l’homme par excellence, de me disculper et de me protéger.

— Ma sœur! ma sœur! balbutia le roi courbé par cette rude attaque, avez vous bien réfléchi à l’énorme difficulté du projet que vous formez?

— Sire, je ne réfléchis pas, je sens. Attaquée, je repousse d’instinct l’attaque; voilà tout.

— Mais que vous a-t-on fait? Voyons.