— Comment cela?
— Sans doute, quand on fuit, c’est qu’on est coupable ou qu’on a peur.
— Ou bien que l’on boude, comme un homme accusé à tort, dit Bragelonne; donnons à son départ le caractère de la bouderie, rien n’est plus facile; nous dirons que nous avons fait tous deux ce que nous avons pu pour le retenir, et vous au moins ne mentirez pas. Allons! allons! de Guiche, vous êtes innocent; la scène d’aujourd’hui a dû vous blesser; partez, partez, de Guiche.
— Eh! non, de Guiche, restez, dit le chevalier, restez, justement, comme le disait M. de Bragelonne, parce que vous êtes innocent. Pardon, encore une fois, vicomte; mais je suis d’un avis tout opposé au vôtre.
— Libre à vous, monsieur; mais remarquez bien que l’exil que de Guiche s’imposera lui-même sera un exil de courte durée. Il le fera cesser lorsqu’il voudra, et, revenant d’un exil volontaire, il trouvera le sourire sur toutes les bouches; tandis qu’au contraire une mauvaise humeur du roi peut amener un orage dont personne n’oserait prévoir le terme.
Le chevalier sourit.
— C’est pardieu! bien ce que je veux, murmura-t-il tout bas, et pour lui même.
Et en même temps, il haussait les épaules.
Ce mouvement n’échappa point au comte; il craignit, s’il quittait la cour, de paraître céder à un sentiment de crainte.
— Non, non, s’écria-t-il; c’est décidé. Je reste, Bragelonne.