— Prophète je suis, dit tristement Raoul. Malheur à toi, de Guiche, malheur!
— Moi aussi, je suis prophète, mais pas prophète de malheur; au contraire, comte, et je vous dis: Restez, restez.
— Le ballet se répète toujours, demanda de Guiche, vous en êtes sûr?
— Parfaitement sûr.
— Eh bien! tu le vois, Raoul, reprit de Guiche en s’efforçant de sourire; tu le vois, ce n’est pas une cour bien sombre et bien préparée aux guerres intestines qu’une cour où l’on danse avec une telle assiduité. Voyons, avoue cela, Raoul.
Raoul secoua la tête.
— Je n’ai plus rien à dire, répliqua-t-il.
— Mais enfin, demanda le chevalier, curieux de savoir à quelle source Raoul avait puisé des renseignements dont il était forcé de reconnaître intérieurement l’exactitude, vous vous dites bien informé, monsieur le vicomte; comment le seriez-vous mieux que moi qui suis des plus intimes du prince?
— Monsieur, répondit Raoul, devant une pareille déclaration, je m’incline. Oui, vous devez être parfaitement informé, je le reconnais, et, comme un homme d’honneur est incapable de dire autre chose que ce qu’il sait, de parler autrement qu’il ne le pense, je me tais, me reconnais vaincu, et vous laisse le champ de bataille.
Et effectivement, Raoul, en homme qui paraît ne désirer que le repos, s’enfonça dans un vaste fauteuil, tandis que le comte appelait ses gens pour se faire habiller.