Monsieur arriva tenant à la main le dessin qui représentait son personnage; il avait le front encore un peu soucieux; son salut à la jeune reine et à sa mère fut plein de courtoisie et d’affection. Il salua presque cavalièrement Madame, et pirouetta sur ses talons. Ce geste et cette froideur furent remarqués.
M. de Guiche dédommagea la princesse par son regard plein de flammes, et Madame, il faut le dire, en relevant les paupières, le lui rendit avec usure.
Il faut le dire, jamais de Guiche n’avait été si beau, le regard de Madame avait en quelque sorte illuminé le visage du fils du maréchal de Grammont. La belle-sœur du roi sentait un orage grondant au-dessus de sa tête; elle sentait aussi que pendant cette journée, si féconde en événements futurs, elle avait, envers celui qui l’aimait avec tant d’ardeur et de passion, commis une injustice, sinon une grave trahison.
Le moment lui semblait venu de rendre compte au pauvre sacrifié de cette injustice de la matinée. Le cœur de Madame parlait alors, et au nom de de Guiche. Le comte était sincèrement plaint, le comte l’emportait donc sur tous.
Il n’était plus question de Monsieur, du roi, de milord de Buckingham. De Guiche à ce moment régnait sans partage.
Cependant Monsieur était aussi bien beau; mais il était impossible de le comparer au comte. On le sait, toutes les femmes le disent, il y a toujours une différence énorme entre la beauté de l’amant et celle du mari.
Or, dans la situation présente, après la sortie de Monsieur, après cette salutation courtoise et affectueuse à la jeune reine et à la reine mère, après ce salut leste et cavalier fait à Madame, et dont tous les courtisans avaient fait la remarque, tous ces motifs, disons-nous, dans cette réunion, donnaient l’avantage à l’amant sur l’époux.
Monsieur était trop grand seigneur pour remarquer ce détail. Il n’est rien d’efficace comme l’idée bien arrêtée de la supériorité pour assurer l’infériorité de l’homme qui garde cette opinion de lui-même.
Le roi arriva. Tout le monde chercha les événements dans le coup d’œil qui commençait à remuer le monde comme le sourcil du Jupiter tonnant.
Louis n’avait rien de la tristesse de son frère, il rayonnait.