De Guiche n’était même plus courtisan; il dansait mal, sans adulation; bientôt il ne dansa plus du tout.
Le roi et Madame triomphèrent.
Chapitre CXIV — Les nymphes du parc de Fontainebleau
Le roi demeura un instant à jouir de son triomphe, qui, nous l’avons dit, était aussi complet que possible.
Puis il se retourna vers Madame pour l’admirer aussi un peu à son tour.
Les jeunes gens aiment peut-être avec plus de vivacité, plus d’ardeur, plus de passion que les gens d’un âge mûr; mais ils ont en même temps tous les autres sentiments développés dans la proportion de leur jeunesse et de leur vigueur, en sorte que l’amour-propre étant presque toujours, chez eux, l’équivalent de l’amour, ce dernier sentiment, combattu par les lois de la pondération, n’atteint jamais le degré de perfection qu’il acquiert chez les hommes et les femmes de trente à trente-cinq ans.
Louis pensait donc à Madame, mais seulement après avoir bien pensé à lui-même, et Madame pensait beaucoup à elle-même, peut-être sans penser le moins du monde au roi.
Mais la victime, au milieu de tous ces amours et amours-propres royaux, c’était de Guiche.
Aussi tout le monde put-il remarquer à la fois l’agitation et la prostration du pauvre gentilhomme, et cette prostration, surtout, était d’autant plus remarquable que l’on n’avait pas l’habitude de voir ses bras tomber, sa tête s’alourdir, ses yeux perdre leur flamme. On n’était pas d’ordinaire inquiet sur son compte quand il s’agissait d’une question d’élégance et de goût.
Aussi la défaite de Guiche fut-elle attribuée, par le plus grand nombre, à son habileté de courtisan.