Celle même dont le caractère était le plus enjoué, Montalais, par exemple, y penchait la première.
Elle débuta par un gros soupir.
— Quelle joie, dit-elle, de nous sentir ici, libres, seules, et en droit d’être franches, surtout envers nous-mêmes!
— Oui, dit Mlle de Tonnay-Charente; car la cour, si brillante qu’elle soit, cache toujours un mensonge sous les plis du velours ou sous les feux des diamants.
— Moi, répliqua La Vallière, je ne mens jamais; quand je ne puis dire la vérité, je me tais.
— Vous ne serez pas longtemps en faveur, ma chère, dit Montalais; ce n’est point ici comme à Blois, où nous disions à la vieille Madame tous nos dépits et toutes nos envies. Madame avait ses jours où elle se souvenait d’avoir été jeune. Ces jours-là, quiconque causait avec Madame trouvait une amie sincère. Madame nous contait ses amours avec Monsieur, et nous, nous lui contions ses amours avec d’autres, ou du moins les bruits qu’on avait fait courir sur ses galanteries. Pauvre femme! si innocente! elle en riait, nous aussi; où est-elle à présent?
— Ah! Montalais, rieuse Montalais, s’écria La Vallière, voilà que tu soupires encore; les bois t’inspirent, et tu es presque raisonnable ce soir.
— Mesdemoiselles, dit Athénaïs, vous ne devez pas tellement regretter la cour de Blois, que vous ne vous trouviez heureuses chez nous. Une cour, c’est l’endroit où viennent les hommes et les femmes pour causer de choses que les mères et les tuteurs, que les confesseurs surtout, défendent avec sévérité. À la cour, on se dit ces choses sous privilège du roi et des reines, n’est-ce pas agréable?
— Oh! Athénaïs, dit Louise en rougissant.
— Athénaïs est franche ce soir, dit Montalais, profitons-en.