— Vous êtes adorée de Raoul de Bragelonne, aimée à deux genoux. Le pauvre garçon est victime de votre vertu, comme il le serait, plus qu’il ne le serait même de ma coquetterie ou de la fierté d’Athénaïs.

— Ceci est tout simplement une subdivision de la coquetterie, dit Athénaïs, et Mademoiselle, à ce que je vois, la pratique sans s’en douter.

— Oh! fit La Vallière.

— Oui, cela s’appelle l’instinct: parfaite sensibilité, exquise recherche de sentiments, montre perpétuelle d’élans passionnés qui n’aboutissent jamais. Oh! c’est fort habile aussi et très efficace. J’eusse même, maintenant que j’y réfléchis, préféré cette tactique à ma fierté pour combattre les hommes, parce qu’elle offre l’avantage de faire croire parfois à la conviction; mais, dès à présent, sans passer condamnation tout à fait pour moi-même, je la déclare supérieure à la simple coquetterie de Montalais.

Les deux jeunes filles se mirent à rire.

La Vallière seule garda le silence et secoua la tête.

Puis, après un instant:

— Si vous me disiez le quart de ce que vous venez de me dire devant un homme, fit-elle, ou même que je fusse persuadée que vous le pensez, je mourrais de honte et de douleur sur cette place.

— Eh bien! mourez, tendre petite, répondit Mlle de Tonnay-Charente: car, s’il n’y a pas d’hommes ici, il y a au moins deux femmes, vos amies, qui vous déclarent atteinte et convaincue d’être une coquette d’instinct, une coquette naïve; c’est-à-dire la plus dangereuse espèce de coquette qui existe au monde.

— Oh! mesdemoiselles! répondit La Vallière rougissante et près de pleurer.