Dans une salle basse, auprès d’une grande fenêtre donnant sur les parterres, La Vallière, placée dans un vaste fauteuil, aspirait à longs traits l’air embaumé de la nuit.
De sa poitrine desserrée, les dentelles tombaient froissées parmi les boucles de ses beaux cheveux blonds épars sur ses épaules.
L’œil languissant, chargé de feux mal éteints, noyé dans de grosses larmes, elle ne vivait plus que comme ces belles visions de nos rêves qui passent toutes pâles et toutes poétiques devant les yeux fermés du dormeur, entrouvrant leurs ailes sans les mouvoir, leurs lèvres sans faire entendre un son.
Cette pâleur nacrée de La Vallière avait un charme que rien ne saurait rendre; la souffrance d’esprit et du corps avait fait à cette douce physionomie une harmonie de noble douleur; l’inertie absolue de ses bras et de son buste la rendait plus semblable à une trépassée qu’à un être vivant; elle semblait n’entendre ni les chuchotements de ses compagnes ni le bruit lointain qui montait des environs. Elle s’entretenait avec elle-même, et ses belles mains longues et fines tressaillaient de temps en temps comme au contact d’invisibles pressions. Le roi entra sans qu’elle s’aperçût de son arrivée, tant elle était absorbée dans sa rêverie.
Il vit de loin cette figure adorable sur laquelle la lune ardente versait la pure lumière de sa lampe d’argent.
— Mon Dieu! s’écria-t-il avec un involontaire effroi, elle est morte!
— Non, non, Sire, dit tout bas Montalais, elle va mieux, au contraire. N’est ce pas, Louise, que tu vas mieux?
La Vallière ne répondit point.
— Louise, continua Montalais, c’est le roi qui daigne s’inquiéter de ta santé.
— Le roi! s’écria Louise en se redressant soudain, comme si une source de flamme eût remonté des extrémités à son cœur, le roi s’inquiète de ma santé?