— Colbert?
— Oui; écartez-vous, mon cher d’Herblay; je ne veux pas que ce cuistre vous voie avec moi, il vous prendrait en aversion.
Aramis lui serra la main.
— Qu’ai-je de son amitié? dit-il; n’êtes-vous pas là?
— Oui; mais peut-être n’y serai-je pas toujours, répondit mélancoliquement Fouquet.
— Ce jour-là, si ce jour-là vient jamais, dit tranquillement Aramis, nous aviserons à nous passer de l’amitié ou à braver l’aversion de M. Colbert. Mais dites-moi, cher monsieur Fouquet, au lieu de vous entretenir avec ce cuistre, comme vous lui faites l’honneur de l’appeler, conversation dont je ne sens pas l’utilité, que ne vous rendez-vous, sinon auprès du roi, du moins auprès de Madame?
— De Madame? fit le surintendant distrait par ses souvenirs. Oui, sans doute, près de Madame.
— Vous vous rappelez, continua Aramis, qu’on nous a appris la grande faveur dont Madame jouit depuis deux ou trois jours. Il entre, je crois, dans votre politique et dans nos plans que vous fassiez assidûment votre cour aux amies de Sa Majesté. C’est le moyen de balancer l’autorité naissante de M. Colbert. Rendez-vous donc le plus tôt possible près de Madame et ménagez-vous cette alliée.
— Mais, dit Fouquet, êtes-vous bien sûr que c’est véritablement sur elle que le roi a les yeux fixés en ce moment?
— Si l’aiguille avait tourné, ce serait depuis ce matin. Vous savez que j’ai ma police.