— M. d’Herblay avait raison, murmura Fouquet en tirant sa montre: une heure cinquante-cinq minutes. Il était temps!
Chapitre LXXVI — Où d’Artagnan finit par mettre enfin la main sur son brevet de capitaine
Le lecteur sait d’avance qui l’huissier annonçait en annonçant le messager de Bretagne.
Ce messager, il était facile de le reconnaître. C’était d’Artagnan, l’habit poudreux, le visage enflammé, les cheveux dégouttants de sueur, les jambes roidies; il levait péniblement les pieds à la hauteur de chaque marche sur laquelle résonnaient ses éperons ensanglantés.
Il aperçut sur le seuil, au moment où il le franchissait, le surintendant.
Fouquet salua avec un sourire celui qui, une heure plus tôt, lui amenait la ruine ou la mort.
D’Artagnan trouva dans sa bonté d’âme et dans son inépuisable vigueur corporelle assez de présence d’esprit pour se rappeler le bon accueil de cet homme; il le salua donc aussi, bien plutôt par bienveillance et par compassion que par respect.
Il se sentit sur les lèvres ce mot qui tant de fois avait été répété au duc de Guise: «Fuyez!» Mais prononcer ce mot, c’eût été trahir une cause; dire ce mot dans le cabinet du roi et devant un huissier, c’eût été se perdre gratuitement sans sauver personne.
D’Artagnan se contenta donc de saluer Fouquet sans lui parler et entra. En ce moment même, le roi flottait entre la surprise où venaient de le jeter les dernières paroles de Fouquet et le plaisir du retour de d’Artagnan.
Sans être courtisan, d’Artagnan avait le regard aussi sûr et aussi rapide que s’il l’eût été.