En effet, tous les appartements de l’hôtel du Beau-Paon étaient occupés et retenus par des étrangers sédentaires et d’un commerce fort calme, porteurs de visages prévenants, dont aucun n’était connu de Malicorne.

Tous ces voyageurs étaient arrivés à l’hôtel depuis qu’il y était arrivé lui-même, chacun y était entré avec une espèce de mot d’ordre qui avait d’abord préoccupé Malicorne; mais il s’était informé directement, et il avait su que l’hôte donnait pour raison de cette espèce de surveillance que la ville, pleine comme elle l’était de riches seigneurs, devait l’être aussi d’adroits et d’ardents filous.

Il allait donc de la réputation d’une maison honnête comme celle du Beau-Paon de ne pas laisser voler les voyageurs.

Aussi, Malicorne se demandait-il parfois, lorsqu’il rentrait en lui-même et sondait sa position à l’hôtel du Beau-Paon, comment on l’avait laissé entrer dans cette hôtellerie, tandis que, depuis qu’il y était entré, il avait vu refuser la porte à tant d’autres.

Il se demandait surtout comment Manicamp, qui, selon lui, devait être un seigneur en vénération à tout le monde, ayant voulu faire manger son cheval au Beau-Paon, dès son arrivée, cheval et cavalier avaient été éconduits avec un nescio vos des plus intraitables.

C’était donc pour Malicorne un problème que, du reste, occupé comme il l’était d’intrigue amoureuse et ambitieuse, il ne s’était point appliqué à approfondir. L’eût-il voulu que, malgré l’intelligence que nous lui avons accordée, nous n’oserions dire qu’il eût réussi.

Quelques mots prouveront au lecteur qu’il n’eût pas fallu moins qu’Oedipe en personne pour résoudre une pareille énigme.

Depuis huit jours étaient entrés dans cette hôtellerie sept voyageurs, tous arrivés le lendemain du bienheureux jour où Malicorne avait jeté son dévolu sur le Beau-Paon.

Ces sept personnages, venus, avec un train raisonnable, étaient:

D’abord, un brigadier des armées allemandes, son secrétaire, son médecin, trois laquais, sept chevaux. Ce brigadier se nommait le comte de Wostpur.