Un cardinal espagnol avec deux neveux, deux secrétaires, un officier de sa maison et douze chevaux. Ce cardinal se nommait Mgr Herrebia.

Un riche négociant de Brême avec son laquais et deux chevaux. Ce négociant se nommait mein herr Bonstett.

Un sénateur vénitien avec sa femme et sa fille, toutes deux d’une parfaite beauté. Ce sénateur se nommait il signor Marini.

Un laird d’Écosse avec sept montagnards de son clan; tous à pied. Le laird se nommait Mac Cumnor.

Un Autrichien de Vienne, sans titre ni blason, venu en carrosse; il avait beaucoup du prêtre, un peu du soldat. On l’appelait le conseiller. Enfin une dame flamande, avec un laquais, une femme de chambre et une demoiselle de compagnie. Grand train, grande mine, grands chevaux. On l’appelait la dame flamande.

Tous ces voyageurs étaient arrivés le même jour, comme nous avons dit, et cependant leur arrivée n’avait causé aucun embarras dans l’auberge, aucun encombrement dans la rue, leurs logements ayant été marqués d’avance sur la demande de leurs courriers ou de leurs secrétaires, arrivés la veille ou le matin même.

Malicorne, arrivé un jour avant eux et voyageant sur un maigre cheval chargé d’une mince valise, s’était annoncé à l’hôtel du Beau-Paon comme l’ami d’un seigneur curieux de voir les fêtes, et qui lui, à son tour, devait arriver incessamment.

L’hôte, à ces paroles, avait souri comme s’il connaissait beaucoup, soit Malicorne, soit le seigneur son ami, et il lui avait dit:

— Choisissez, monsieur, tel appartement qui vous conviendra, puisque vous arrivez le premier.

Et cela avec cette obséquiosité significative chez les aubergistes, et qui veut dire: «Soyez tranquille, monsieur, on sait à qui l’on a affaire, et l’on vous traitera en conséquence.»