— Sa Majesté, dit-il, a bien voulu se souvenir que M. le comte de La Fère est bien vu du roi Charles II. Ce matin donc, au départ pour la messe, le roi, me voyant sur son chemin, m’a fait un signe de tête. Alors, je me suis approché.» Monsieur de Bragelonne, m’a-t-il dit, vous passerez chez M. Fouquet, qui a reçu de moi des lettres pour le roi de la Grande-Bretagne; ces lettres, vous les porterez.» Je m’inclinai.» Ah! auparavant que de partir, ajouta-t-il, vous voudrez bien prendre les commissions de Madame pour le roi son frère.»

— Mon Dieu!murmura Louise toute nerveuse et toute pensive à la fois.

— Si vite! on vous ordonne de partir si vite? dit Montalais paralysée par cet événement étrange.

— Pour bien obéir à ceux qu’on respecte, dit Raoul, il faut obéir vite. Dix minutes après l’ordre reçu, j’étais prêt. Madame, prévenue, écrit la lettre dont elle veut bien me faire l’honneur de me charger. Pendant ce temps, sachant de Mlle de Tonnay-Charente que vous deviez être du côté des quinconces, j’y suis venu, et je vous trouve toutes deux.

— Et toutes deux assez souffrantes, comme vous voyez, dit Montalais pour venir en aide à Louise, dont la physionomie s’altérait visiblement.

— Souffrantes! répéta Raoul en pressant avec une tendre curiosité la main de Louise de La Vallière. Oh! en effet, votre main est glacée.

— Ce n’est rien.

— Ce froid ne va pas jusqu’au cœur, n’est-ce pas, Louise? demanda le jeune homme avec un doux sourire.

Louise releva vivement la tête, comme si cette question eût été inspirée par un soupçon et eût provoqué un remords.

— Oh! vous savez, dit-elle avec effort, que jamais mon cœur ne sera froid pour un ami tel que vous, monsieur de Bragelonne.