— Ah! ah! il est ici? dit d’Artagnan.

— Il est de garde aujourd’hui au Louvre avec la compagnie des gentilshommes de M. le Prince.

Le roi achevait à peine, quand Raoul se présenta, et, voyant d’Artagnan, lui sourit de ce charmant sourire qui ne se trouve que sur les lèvres de la jeunesse.

— Allons, allons, dit familièrement d’Artagnan à Raoul, le roi permet que tu m’embrasses; seulement, dis à Sa Majesté que tu la remercies.

Raoul s’inclina si gracieusement, que Louis, à qui toutes les supériorités savaient plaire lorsqu’elles n’affectaient rien contre la sienne, admira cette beauté, cette vigueur et cette modestie.

— Monsieur, dit le roi s’adressant à Raoul, j’ai demandé à M. le prince qu’il veuille bien vous céder à moi; j’ai reçu sa réponse; vous m’appartenez donc dès ce matin. M. le prince était bon maître; mais j’espère bien que vous ne perdrez pas au change.

— Oui, oui, Raoul, sois tranquille, le roi a du bon, dit d’Artagnan, qui avait deviné le caractère de Louis et qui jouait avec son amour-propre dans certaines limites, bien entendu, réservant toujours les convenances et flattant, lors même qu’il semblait railler.

— Sire, dit alors Bragelonne d’une voix douce et pleine de charmes, avec cette élocution naturelle et facile qu’il tenait de son père; Sire, ce n’est point d’aujourd’hui que je suis à Votre Majesté.

— Oh! je sais cela, dit le roi, et vous voulez parler de votre expédition de la place de Grève. Ce jour-là, en effet, vous fûtes bien à moi, monsieur.

— Sire, ce n’est point non plus de ce jour que je parle; il ne me siérait point de rappeler un service si minime en présence d’un homme comme M. d’Artagnan; je voulais parler d’une circonstance qui a fait époque dans ma vie et qui m’a consacré, dès l’âge de seize ans, au service dévoué de Votre Majesté.