— Ah! ah! dit le roi, et quelle est cette circonstance, dites, monsieur?

— La voici… Lorsque je partis pour ma première campagne, c’est-à-dire pour rejoindre l’armée de M. le prince, M. le comte de La Fère me vint conduire jusqu’à Saint-Denis, où les restes du roi Louis XIII attendent, sur les derniers degrés de la basilique funèbre, un successeur que Dieu ne lui enverra point, je l’espère avant longues années. Alors il me fit jurer sur la cendre de nos maîtres de servir la royauté, représentée par vous, incarnée en vous, Sire, de la servir en pensées, en paroles et en action. Je jurai, Dieu et les morts ont reçu mon serment. Depuis dix ans, Sire, je n’ai point eu aussi souvent que je l’eusse désiré l’occasion de le tenir: je suis un soldat de Votre Majesté, pas autre chose, et en m’appelant près d’elle, elle ne me fait pas changer de maître, mais seulement de garnison.

Raoul se tut et s’inclina.

Il avait fini, que Louis XIV écoutait encore.

— Mordioux! s’écria d’Artagnan, c’est bien dit, n’est-ce pas, Votre Majesté? Bonne race, Sire, grande race!

— Oui, murmura le roi ému, sans oser cependant manifester son émotion, car elle n’avait d’autre cause que le contact d’une nature éminemment aristocratique. Oui, monsieur, vous dites vrai; partout où vous étiez, vous étiez au roi. Mais en changeant de garnison, vous trouverez, croyez-moi, un avancement dont vous êtes digne.

Raoul vit que là s’arrêtait ce que le roi avait à lui dire. Et avec le tact parfait qui caractérisait cette nature exquise, il s’inclina et sortit.

— Vous reste-t-il encore quelque chose à m’apprendre, monsieur? dit le roi lorsqu’il se retrouva seul avec d’Artagnan.

— Oui, Sire et j’avais gardé cette nouvelle pour la dernière, car elle est triste et va vêtir la royauté européenne de deuil.

— Que me dites-vous?