Chapitre CXXIX — Heureux comme un prince
Au moment où il allait entrer au château, Bragelonne avait rencontré de Guiche.
Mais, avant d’être rencontré par Raoul, de Guiche avait rencontré Manicamp, lequel avait rencontré Malicorne.
Comment Malicorne avait-il rencontré Manicamp? Rien de plus simple: il l’avait attendu à son retour de la messe, à laquelle il avait été en compagnie de M. de Saint-Aignan.
Réunis, ils s’étaient félicités sur cette bonne fortune, et Manicamp avait profité de la circonstance pour demander à son ami si quelques écus n’étaient pas restés au fond de sa poche.
Celui-ci, sans s’étonner de la question, à laquelle il s’attendait peut-être, avait répondu que toute poche dans laquelle on puise toujours sans jamais y rien mettre ressemble aux puits, qui fournissent encore de l’eau pendant l’hiver, mais que les jardiniers finissent par épuiser l’été; que sa poche, à lui, Malicorne, avait certainement de la profondeur, et qu’il y aurait plaisir à y puiser en temps d’abondance, mais que, malheureusement, l’abus avait amené la stérilité.
Ce à quoi Manicamp, tout rêveur, avait répliqué:
— C’est juste.
— Il s’agirait donc de la remplir, avait ajouté Malicorne.
— Sans doute; mais comment?