— A-t-il trois gueules, comme ce désespérant gardien des enfers? Oh! ne haussez pas les épaules, mon cher comte; je fais cette question avec une raison parfaite, attendu que les poètes prétendent que, pour fléchir mon Cerberus, il faut que le voyageur apporte un gâteau. Or, moi qui vois la chose du côté de la prose, c’est-à-dire du côté de la réalité, je dis: «Un gâteau, c’est bien peu pour trois gueules. Si votre jaloux a trois gueules, comte, demandez trois gâteaux.»
— Manicamp, des conseils comme celui-là, j’en irai chercher chez M. Beautru.
— Pour en avoir de meilleurs, monsieur le comte, dit Manicamp avec un sérieux comique, vous adopterez alors une formule plus nette que celle que vous m’avez exposée.
— Ah! si Raoul était là, dit de Guiche, il me comprendrait, lui.
— Je le crois, surtout si vous lui disiez: J’aimerais fort à voir Madame de plus près, mais je crains Monsieur, qui est jaloux.
— Manicamp! s’écria le comte avec colère et en essayant d’écraser le railleur sous son regard.
Mais le railleur ne parut pas ressentir la plus petite émotion.
— Qu’y a-t-il donc, mon cher comte? demanda Manicamp.
— Comment! c’est ainsi que vous blasphémez les noms les plus sacrés! s’écria de Guiche.
— Quels noms?