Mais lui cherchait à rendre la conversation générale, et pour y réussir, il redoubla d’esprit et de galanterie.
Madame voulait des compliments; elle se résolut à en arracher à tout prix, et, s’adressant au roi:
— Sire, dit-elle, Votre Majesté, qui sait tout ce qui se passe en son royaume, doit savoir d’avance les vers contés à M. Loret par cette nymphe; Votre Majesté veut-elle bien nous en faire part?
— Madame, répliqua le roi avec une grâce parfaite, je n’ose… Il est certain que, pour vous personnellement, il y aurait de la confusion à écouter certains détails… Mais de Saint-Aignan conte assez bien et retient parfaitement les vers; s’il ne les retient pas, il en improvise. Je vous le certifie poète renforcé.
De Saint-Aignan, mis en scène, fut contraint de se produire le moins désavantageusement possible. Malheureusement pour Madame, il ne songea qu’à ses affaires particulières, c’est-à-dire qu’au lieu de rendre à Madame les compliments dont elle se faisait fête, il s’ingéra de se prélasser un peu lui-même dans sa bonne fortune.
Lançant donc un centième coup d’œil à la belle Athénaïs, qui pratiquait tout au long sa théorie de la veille, c’est-à-dire qui ne daignait pas regarder son adorateur:
— Sire, dit-il, Votre Majesté me pardonnera sans doute d’avoir trop peu retenu les vers dictés à Loret par la nymphe; mais où le roi n’a rien retenu, qu’eussé-je fait, moi chétif?
Madame accueillit avec peu de faveur cette défaite de courtisans.
— Ah! madame, ajouta de Saint-Aignan, c’est qu’il ne s’agit plus aujourd’hui de ce que disent les nymphes d’eau douce. En vérité, on serait tenté de croire qu’il ne se fait plus rien d’intéressant dans les royaumes liquides. C’est sur terre, madame, que les grands événements arrivent. Ah! sur terre, madame, que de récits pleins de…
— Bon! fit Madame, et que se passe-t-il donc sur terre?