— C’est cela, dit Madame, passez à Amaryllis, monsieur de Saint-Aignan, nous vous suivons.
— Amaryllis est la plus âgée des trois; et cependant, se hâta de dire Saint-Aignan, ce grand âge n’atteint pas vingt ans.
Le sourcil de Mlle de Tonnay-Charente, qui s’était froncé au début du récit, se défronça avec un léger sourire.
— Elle est grande, avec d’immenses cheveux qu’elle renoue à la manière des statues de la Grèce; elle a la démarche majestueuse et le geste altier: aussi a-t-elle bien plutôt l’air d’une déesse que d’une simple mortelle, et, parmi les déesses, celle à qui elle ressemble le plus, c’est Diane chasseresse; avec cette seule différence que la cruelle bergère, ayant un jour dérobé le carquois de l’Amour tandis que le pauvre Cupidon dormait dans un buisson de roses, au lieu de diriger ses traits sur les hôtes des forêts, les décoche impitoyablement sur tous les pauvres bergers qui passent à la portée de son arc et de ses yeux.
— Oh! la méchante bergère! dit Madame; ne se piquera-t-elle point quelque jour avec un de ces traits qu’elle lance si impitoyablement à droite et à gauche?
— C’est l’espoir de tous les bergers en général, dit de Saint-Aignan.
— Et celui du berger Amyntas en particulier, n’est-ce pas? dit Madame.
— Le berger Amyntas est si timide, reprit de Saint-Aignan de l’air le plus modeste qu’il put prendre, que, s’il a cet espoir, nul n’en a jamais rien su, car il le cache au plus profond de son cœur.
Un murmure des plus flatteurs accueillit cette profession de foi du narrateur à propos du berger.
— Et Galatée? demanda Madame. Je suis impatiente de voir une main aussi habile reprendre le portrait où Virgile l’a laissé, et l’achever à nos yeux.