— Madame, dit de Saint-Aignan, près du grand poète Virgilius Maro, votre humble serviteur n’est qu’un bien pauvre poète; cependant, encouragé par votre ordre, je ferai de mon mieux.

— Nous écoutons, dit Madame.

Saint-Aignan allongea le pied, la main et les lèvres.

— Blanche comme le lait, dit-il, dorée comme les épis, elle secoue dans l’air les parfums de sa blonde chevelure. Alors on se demande si ce n’est point cette belle Europe qui donna de l’amour à Jupiter, lorsqu’elle se jouait avec ses compagnes dans les prés en fleurs.

«De ses yeux, bleus comme l’azur du ciel dans les plus beaux jours d’été, tombe une douce flamme; la rêverie l’alimente, l’amour la dispense. Quand elle fronce le sourcil ou qu’elle penche son front vers la terre, le soleil se voile en signe de deuil.

«Lorsqu’elle sourit, au contraire, toute la nature reprend sa joie, et les oiseaux, un moment muets, recommencent leurs chants au sein des arbres.

«Celle-là surtout, dit de Saint-Aignan pour en finir, celle-là est digne des adorations du monde; et, si jamais son cœur se donne, heureux le mortel dont son amour virginal consentira à faire un dieu!

Madame, en écoutant ce portrait, que chacun écouta comme elle, se contenta de marquer son approbation aux endroits les plus poétiques par quelques hochements de tête; mais il était impossible de dire si ces marques d’assentiment étaient données au talent du narrateur ou à la ressemblance du portrait.

Il en résulta que, Madame n’applaudissant pas ouvertement, personne ne se permit d’applaudir, pas même Monsieur, qui trouvait au fond du cœur que de Saint-Aignan s’appesantissait trop sur les portraits des bergères, après avoir passé un peu vivement sur les portraits des bergers.

L’assemblée parut donc glacée.