Mais Madame était bien décidée à tourner et à retourner le couteau dans la plaie; aussi reprit-elle avec son air de naïve candeur, c’est-à-dire avec le plus dangereux de tous ses airs:

— Donc, je passais par là, dit-elle, et, comme je trouvais sous mes pas beaucoup de fleurs fraîches écloses, nul doute que Philis, Amaryllis, Galatée, et toutes vos bergères, n’eussent passé sur le chemin avant moi.

Le roi se mordit les lèvres. Le récit devenait de plus en plus menaçant.

— Ma petite naïade, continua Madame, roucoulait sa petite chanson sur le lit de son ruisselet; comme je vis qu’elle m’accostait en touchant le bas de ma robe, je ne songeai pas à lui faire un mauvais accueil, et cela d’autant mieux, après tout, qu’une divinité, fût-elle de second ordre, vaut toujours mieux qu’une princesse mortelle. Donc, j’abordai la naïade, et voici ce qu’elle me dit en éclatant de rire: « Figurez-vous, princesse…»

— Vous comprenez, Sire, c’est la naïade qui parle.

Le roi fit un signe d’assentiment; Madame reprit:

— «Figurez-vous, princesse, que les rives de mon ruisseau viennent d’être témoins d’un spectacle des plus amusants. Deux bergers, curieux jusqu’à l’indiscrétion, se sont fait mystifier d’une façon réjouissante par trois nymphes ou trois bergères…» Je vous demande pardon, mais je ne me rappelle plus si c’est nymphes ou bergères qu’elle a dit. Mais il importe peu, n’est-ce pas? Passons donc.

À ce préambule, le roi rougit visiblement, et de Saint-Aignan, perdant toute contenance, se mit à écarquiller les yeux le plus anxieusement du monde.

— «Les deux bergers, poursuivit ma petite naïade en riant toujours, suivaient la trace des trois demoiselles…» Non, je veux dire des trois nymphes; pardon, je me trompe, des trois bergères. Cela n’est pas toujours sensé, cela peut gêner celles que l’on suit. J’en appelle à toutes ces dames, et pas une de celles qui sont ici ne me démentira, j’en suis certaine.

Le roi, fort en peine de ce qui allait suivre, opina du geste.