— Je crois que Madame a raison, dit le roi toujours inquiet et suspendu aux lèvres de sa belle-sœur.
— Oh! il y en a une, c’est moi qui vous en réponds, dit Madame; et la preuve, c’est que la naïade qui règne sur cette source m’a arrêtée au passage, moi qui vous parle.
— Bah! fit Saint-Aignan.
— Oui, continua la princesse, et cela pour me conter une quantité de choses que M. de Saint-Aignan n’a pas mises dans son récit.
— Oh! racontez vous-même, dit Monsieur, vous racontez d’une façon charmante.
La princesse s’inclina devant le compliment conjugal.
— Je n’aurai pas la poésie du comte et son talent pour faire ressortir tous les détails.
— Vous ne serez pas écoutée avec moins d’intérêt, dit le roi, qui sentait d’avance quelque chose d’hostile dans le récit de sa belle-sœur.
— Je parle d’ailleurs, continua Madame, au nom de cette pauvre petite naïade, qui est bien la plus charmante demi-déesse que j’aie jamais rencontrée. Or, elle riait tant pendant le récit qu’elle m’a fait, qu’en vertu de cet axiome médical: «Le rire est contagieux», je vous demande la permission de rire un peu moi-même quand je me rappelle ses paroles.
Le roi et de Saint-Aignan, qui virent sur beaucoup de physionomies s’épanouir un commencement d’hilarité pareille à celle que Madame annonçait, finirent par se regarder entre eux et se demander du regard s’il n’y aurait pas là-dessous quelque petite conspiration.