— Oui, madame, dit de Saint-Aignan tout déferré.

— Et, continua la princesse, comme ma naïade, qui, en qualité de déesse, est polyglotte, m’avait d’abord parlé en anglais, je craignis, comme vous dites, d’avoir mal entendu et fis venir Mlles de Montalais, de Tonnay-Charente et La Vallière, priant ma naïade de me refaire en langue française le récit qu’elle m’avait déjà fait en anglais.

— Et elle le fit? demanda le roi.

— Oh! c’est la plus complaisante divinité qui existe… Oui, Sire, elle le refit. De sorte qu’il n’y a aucun doute à conserver. N’est-ce pas, mesdemoiselles, dit la princesse en se tournant vers la gauche de son armée, n’est-ce pas que la naïade a parlé absolument comme je raconte, et que je n’ai en aucune façon failli à la vérité?… Philis?… Pardon! je me trompe… mademoiselle Aure de Montalais, est-ce vrai?

— Oh! absolument, madame, articula nettement Mlle de Montalais.

— Est-ce vrai, mademoiselle de Tonnay-Charente?

— Vérité pure, répondit Athénaïs d’une voix non moins ferme, mais cependant moins intelligible.

— Et vous, La Vallière? demanda Madame.

La pauvre enfant sentait le regard ardent du roi dirigé sur elle; elle n’osait pas nier, elle n’osait pas mentir; elle baissa la tête en signe d’acquiescement.

Seulement sa tête ne se releva point, à demi glacée qu’elle était par un froid plus douloureux que celui de la mort.