Ce triple témoignage écrasa le roi. Quant à Saint-Aignan, il n’essayait même pas de dissimuler son désespoir, et sans savoir ce qu’il disait, il bégayait:

— Excellente plaisanterie! bien joué, mesdames les bergères!

— Juste punition de la curiosité, dit le roi d’une voix rauque. Oh! qui s’aviserait, après le châtiment de Tircis et d’Amyntas, qui s’aviserait de chercher à surprendre ce qui se passe dans le cœur des bergères? Certes, ce ne sera pas moi… Et vous, messieurs?

— Ni moi! ni moi! répéta en chœur le groupe des courtisans.

Madame triomphait de ce dépit du roi; elle se délectait, croyant que son récit avait été ou devait être le dénouement de tout.

Quant à Monsieur, qui avait ri de ce double récit sans y rien comprendre, il se tourna vers de Guiche:

— Eh! comte, lui dit-il, tu ne dis rien; tu ne trouves donc rien à dire? Est ce que tu plaindrais MM. Tircis et Amyntas, par hasard?

— Je les plains de toute mon âme, répondit de Guiche; car, en vérité, l’amour est une si douce chimère, que le perdre, toute chimère qu’il est, c’est perdre plus que la vie. Donc, si ces deux bergers ont cru être aimés, s’ils s’en sont trouvés heureux, et qu’au lieu de ce bonheur ils rencontrent non seulement le vide qui égale la mort, mais une raillerie de l’amour qui vaut cent mille morts… eh bien! je dis que Tircis et Amyntas sont les deux hommes les plus malheureux que je connaisse.

— Et vous avez raison, monsieur de Guiche, dit le roi; car enfin, la mort, c’est bien dur pour un peu de curiosité.

— Alors, c’est donc à dire que l’histoire de ma naïade a déplu au roi? demanda naïvement Madame.