— Madame? fit en rougissant la jeune reine.

— Sans doute; n’aimez-vous pas mieux avoir chez vous une rivale pour la surveiller et la dominer, que de savoir le roi chez elle, toujours disposé à courtiser comme à l’être? Cette loterie est l’attrait dont je me sers pour cela: me blâmez-vous?

— Oh! non! fit Marie-Thérèse en frappant dans ses mains avec cet enfantillage de la joie espagnole.

— Et vous ne regrettez plus, ma chère, que je ne vous aie pas donné ces bracelets, comme c’était d’abord mon intention?

— Oh! non, oh! non, ma bonne mère!...

— Eh bien! ma chère fille, faites-vous bien belle, et que notre médianoche soit brillant: plus vous y serez gaie, plus vous y paraîtrez charmante, et vous éclipserez toutes les femmes par votre éclat comme par votre rang.

Marie-Thérèse partit enthousiasmée.

Une heure après, Anne d’Autriche recevait chez elle Madame, et, la couvrant de caresses:

— Bonnes nouvelles! disait-elle, le roi est charmé de ma loterie.

— Moi, dit Madame, je n’en suis pas aussi charmée; voir de beaux bracelets comme ceux-là aux bras d’une autre femme que vous, ma reine, ou moi, voilà ce à quoi je ne puis m’habituer.