— Et vous ajouterez cependant qu’il serait fort heureux que le roi gagnât, car, ayant ces bracelets, il serait forcé de les donner à quelqu’un.
— De vous les rendre, par exemple.
— Auquel cas, je les donnerais immédiatement; car vous ne pensez pas, dit la reine en riant, que je mette ces bracelets en loterie par gêne. C’est pour les donner sans faire de jalousie; mais, si le hasard ne voulais pas me tirer de peine, eh bien! je corrigerais le hasard... je sais bien à qui j’offrirais les bracelets.
Ces mots furent accompagnés d’un sourire si expressif, que Madame dut le payer par un baiser de remerciement.
— Mais, ajouta Anne d’Autriche, ne savez-vous pas aussi bien que moi que le roi ne me rendrait pas les bracelets s’il les gagnait?
— Il les donnerait à la reine, alors.
— Non; par la même raison qui fait qu’il ne me les rendrait pas; attendu que, si j’eusse voulu les donner à la reine, je n’avais pas besoin de lui pour cela.
Madame jeta un regard de côté sur les bracelets, qui, dans leur écrin, scintillaient sur une console voisine.
— Qu’ils sont beaux! dit-elle en soupirant. Eh! mais, dit Madame, voilà-t-il pas que nous oublions que le rêve de Votre Majesté n’est qu’un rêve.
— Il m’étonnerait fort, repartit Anne d’Autriche, que mon rêve fût trompeur; cela m’est arrivé rarement.