— Voilà que j’ai un chagrin, maintenant.

— Oui, vous en avez un.

— Non, Planchet, non.

— Je vous dis que si, moi; vous avez un chagrin, et vous maigrissez.

— Je maigris, tu es sûr?

— À vue d’œil... Malaga! si vous maigrissez encore, je prends ma rapière, et je m’en vais tout droit couper la gorge à M. d’Herblay.

— Hein! fit d’Artagnan en bondissant sur sa chaise, que dites-vous là, Planchet? et que fait le nom de M. d’Herblay dans votre épicerie?

— Bon! bon! fâchez-vous si vous voulez, injuriez-moi si vous voulez; mais, morbleu! je sais ce que je sais.

D’Artagnan s’était, pendant cette seconde sortie de Planchet, placé de manière à ne pas perdre un seul de ses regards, c’est-à-dire qu’il s’était assis, les deux mains appuyées sur ses deux genoux, le cou tendu vers le digne épicier.

— Voyons, explique-toi, dit-il, et dis-moi comment tu as pu proférer un blasphème de cette force. M. d’Herblay, ton ancien chef, mon ami, un homme d’Église, un mousquetaire devenu évêque, tu lèverais l’épée sur lui, Planchet?