— Je ne l’ai jamais eue, et ne crois point l’avoir jamais; mais je vous avouerai une chose...
Et Porthos baissa la voix.
— Laquelle? demanda d’Artagnan en se mettant au diapason de Porthos.
— Je vous avouerai, répéta Porthos, que j’ai une horrible peur de la politique.
— Ah! bah! s’écria d’Artagnan.
— Tout beau! dit Porthos d’une voix de stentor. J’ai vu Son Éminence M. le cardinal de Richelieu et Son Éminence M. le cardinal de Mazarin; l’un avait une politique rouge, l’autre une politique noire. Je n’ai jamais été beaucoup plus content de l’une que de l’autre: la première a fait couper le cou à M. de Marcillac, à M. de Thou, à M. de Cinq-Mars, à M. de Chalais, à M. de Boutteville, à M. de Montmorency; la seconde a fait écharper une foule de frondeurs, dont nous étions, mon cher.
— Dont, au contraire, nous n’étions pas, dit d’Artagnan.
— Oh! si fait; car si je dégainais pour le cardinal moi, je frappais pour le roi.
— Cher Porthos!
— J’achève. Ma peur de la politique est donc telle, que, s’il y a de la politique là-dessous, j’aime mieux retourner à Pierrefonds.