— Autrefois, dit l’épicier, vous m’appeliez Planchet tout court et vous m’eussiez dit: «Combien ambitionnes-tu, Planchet, et à quel chiffre comptes-tu te retirer?»

— Certainement, certainement, autrefois j’eusse dit cela, répliqua l’honnête Porthos avec un embarras plein de délicatesse; mais autrefois...

— Autrefois, j’étais le laquais de M. d’Artagnan, n’est-ce pas cela que vous voulez dire?

— Oui.

— Eh bien! si je ne suis plus tout à fait son laquais, je suis encore son serviteur; et, de plus, depuis ce temps-là...

— Eh bien! Planchet?

— Depuis ce temps-là, j’ai eu l’honneur d’être son associé.

— Oh! oh! fit Porthos. Quoi! d’Artagnan s’est mis dans l’épicerie?

— Non, non, dit d’Artagnan, que ces paroles tirèrent de sa rêverie et qui mit son esprit à la conversation avec l’habileté et la rapidité qui distinguaient chaque opération de son esprit et de son corps. Ce n’est pas d’Artagnan qui s’est mis dans l’épicerie, c’est Planchet qui s’est mis dans la politique. Voilà!

— Oui, dit Planchet avec orgueil et satisfaction à la fois, nous avons fait ensemble une petite opération qui m’a rapporté, à moi, cent mille livres, à M. d’Artagnan deux cent mille.