— Ah! je ne dis pas.

— Mais, continua Planchet, nous devons mourir un jour, et il y a quelque part une maxime que j’ai retenue, celle-ci: «C’est une salutaire pensée que la pensée de la mort.»

— Je ne vous dis pas le contraire, fit Porthos.

— Mais, objecta d’Artagnan, c’est aussi une pensée salutaire que celle de la verdure, des fleurs, des rivières, des horizons bleus, des larges plaines sans fin...

— Si je les avais, je ne les repousserais pas, dit Planchet, mais, n’ayant que ce petit cimetière, fleuri aussi, moussu, ombreux et calme, je m’en contente, et je pense aux gens de la ville qui demeurent rue des Lombards, par exemple, et qui entendent rouler deux mille chariots par jour, et piétiner dans la boue cent cinquante mille personnes.

— Mais vivantes, dit Porthos, vivantes!

— Voilà justement pourquoi, dit Planchet timidement, cela me repose, de voir un peu des morts.

— Ce diable de Planchet, fit d’Artagnan, il était né pour être poète comme pour être épicier.

— Monsieur, dit Planchet, j’étais une de ces bonnes pâtes d’homme que Dieu a faites pour s’animer durant un certain temps et pour trouver bonnes toutes choses qui accompagnent leur séjour sur terre.

D’Artagnan s’assit alors près de la fenêtre, et, cette philosophie de Planchet lui ayant paru solide, il y rêva.