— Ainsi, vous ne me direz rien, pas plus à moi qu’à Bragelonne?
— Vous faites la sourde oreille, je suis bien convaincu que Madame ne serait pas si maîtresse d’elle-même que vous.
«Ah! double hypocrite, murmura de Guiche, te voilà revenu sur ton terrain.»
— Eh bien! alors, continua de Wardes, puisqu’il nous est si difficile de nous entendre sur La Vallière et Bragelonne, causons de vos affaires personnelles.
— Mais, dit de Guiche, je n’ai point d’affaires personnelles, moi. Vous n’avez rien dit de moi, je suppose, à Bragelonne, que vous ne puissiez me redire, à moi?
— Non. Mais, comprenez-vous, de Guiche? c’est qu’autant je suis ignorant sur certaines choses, autant je suis ferré sur d’autres. S’il s’agissait, par exemple, de vous parler des relations de M. de Buckingham à Paris, comme j’ai fait le voyage avec le duc, je pourrais vous dire les choses les plus intéressantes. Voulez-vous que je vous les dise?
De Guiche passa sa main sur son front moite de sueur.
— Mais, non, dit-il, cent fois non, je n’ai point de curiosité pour ce qui ne me regarde pas. M. de Buckingham n’est pour moi qu’une simple connaissance, tandis que Raoul est un ami intime. Je n’ai donc aucune curiosité de savoir ce qui est arrivé à M. de Buckingham, tandis que j’ai tout intérêt à savoir ce qui est arrivé à Raoul.
— À Paris?
— Oui, à Paris ou à Boulogne. Vous comprenez, moi, je suis présent: si quelque événement advient, je suis là pour y faire face; tandis que Raoul est absent et n’a que moi pour le représenter; donc, les affaires de Raoul avant les miennes.