— Mais oui, une calomnie. Dame! voici sa lettre, dans laquelle il me dit que vous avez mal parlé de Mlle de La Vallière, et où il me demande si ce que vous avez dit de cette jeune fille est vrai. Voulez-vous que je fasse juges ces messieurs, de Wardes?

Et, avec le plus grand sang-froid, de Guiche lut tout haut le paragraphe de la lettre qui concernait La Vallière.

— Et, maintenant, continua de Guiche, il est bien constaté pour moi que vous avez voulu blesser le repos de ce cher Bragelonne, et que vos propos étaient malicieux.

De Wardes regarda autour de lui pour savoir s’il aurait appui quelque part; mais, à cette idée que de Wardes avait insulté, soit directement, soit indirectement, celle qui était l’idole du jour, chacun secoua la tête, et de Wardes ne vit que des hommes prêts à lui donner tort.

— Messieurs, dit de Guiche devinant d’instinct le sentiment général, notre discussion avec M. de Wardes porte sur un sujet si délicat, qu’il est important que personne n’en entende plus que vous n’en avez entendu. Gardez donc les portes, je vous prie, et laissez-nous achever cette conversation entre nous, comme il convient à deux gentilshommes dont l’un a donné à l’autre un démenti.

— Messieurs! messieurs! s’écrièrent les assistants.

— Trouvez-vous que j’avais tort de défendre Mlle de La Vallière? dit de Guiche. En ce cas, je passe condamnation et je retire les paroles blessantes que j’ai pu dire contre M. de Wardes.

— Peste! dit de Saint-Aignan, non pas!... Mlle de La Vallière est un ange.

— La vertu, la pureté en personne, dit Manicamp.

— Vous voyez, monsieur de Wardes, dit de Guiche, je ne suis point le seul qui prenne la défense de la pauvre enfant. Messieurs, une seconde fois, je vous supplie de nous laisser. Vous voyez qu’il est impossible d’être plus calme que nous ne le sommes.