— Je suis battu.

— Oui, mais pas encore autant qu’il convient.

— Je vois que vous ne seriez pas fâché de me battre à plate couture.

— Non, mieux encore.

— Diable! c’est que, pour le moment, mon cher comte, vous tombez mal; après celle que je viens de jouer, une partie ne peut me convenir. J’ai perdu trop de sang à Boulogne: au moindre effort mes blessures se rouvriraient, et, en vérité, vous auriez de moi trop bon marché.

— C’est vrai, dit de Guiche, et cependant, vous avez, en arrivant, fait montre de votre belle mine et de vos bons bras.

— Oui, les bras vont encore, c’est vrai; mais les jambes sont faibles, et puis je n’ai pas tenu le fleuret depuis ce diable de duel; et vous, j’en réponds, vous vous escrimez tous les jours pour mettre à bonne fin votre petit guet-apens.

— Sur l’honneur, monsieur, répondit de Guiche, voici une demi-année que je n’ai fait d’exercice.

— Non, voyez-vous, comte, toute réflexion faite, je ne me battrai pas, pas avec vous, du moins. J’attendrai Bragelonne, puisque vous dites que c’est Bragelonne qui m’en veut.

— Oh! que non pas, vous n’attendrez pas Bragelonne, s’écria de Guiche hors de lui; car, vous l’avez dit, Bragelonne peut tarder à revenir, et, en attendant, votre méchant esprit fera son œuvre.