— Qu’avez-vous? demanda Manicamp à de Guiche, et de quelle façon êtes vous blessé?
De Guiche montra sa main mutilée et sa poitrine sanglante.
— Comte! s’écria de Wardes, on m’accuse de vous avoir assassiné; parlez, je vous en conjure, dites que j’ai loyalement combattu!
— C’est vrai, dit le blessé, M. de Wardes a combattu loyalement, et quiconque dirait le contraire se ferait de moi un ennemi.
— Eh! monsieur, dit Manicamp, aidez-moi d’abord à transporter ce pauvre garçon, et, après, je vous donnerai toutes les satisfactions qu’il vous plaira, ou, si vous êtes par trop pressé, faisons mieux: pansons le comte avec votre mouchoir et le mien, et, puisqu’il reste deux balles à tirer, tirons-les.
— Merci, dit de Wardes. Deux fois en une heure j’ai vu la mort de trop près: c’est trop laid, la mort, et je préfère vos excuses.
Manicamp se mit à rire, et de Guiche aussi, malgré ses souffrances.
Les deux jeunes gens voulurent le porter, mais il déclara qu’il se sentait assez fort pour marcher seul. La balle lui avait brisé l’annulaire et le petit doigt, mais avait été glisser sur une côte sans pénétrer dans la poitrine. C’était donc plutôt la douleur que la gravité de la blessure qui avait foudroyé de Guiche.
Manicamp lui passa un bras sous une épaule, de Wardes un bras sous l’autre, et ils l’amenèrent ainsi à Fontainebleau, chez le médecin qui avait assisté à son lit de mort le franciscain prédécesseur d’Aramis.