— Voici: mon cuisinier, le drôle est Allemand, Sire; mon cuisinier bourre l’agneau en question de petites saucisses qu’il fait venir de Strasbourg; d’andouillettes, qu’il fait venir de Troyes; de mauviettes, qu’il fait venir de Pithiviers; par je ne sais quel moyen, il désosse le mouton, comme il ferait d’une volaille, tout en lui laissant la peau, qui fait autour de l’animal une croûte rissolée; lorsqu’on le coupe par belles tranches, comme on ferait d’un énorme saucisson, il en sort un jus tout rosé qui est à la fois agréable à l’œil et exquis au palais.

Et Porthos fit clapper sa langue.

Le roi ouvrit de grands yeux charmés, et, tout en attaquant du faisan en daube qu’on lui présentait:

— Voilà, monsieur du Vallon, un manger que je convoiterais, dit-il. Quoi! le mouton entier?

— Entier, oui, Sire.

— Passez donc ces faisans à M. du Vallon; je vois que c’est un amateur.

L’ordre fut exécuté.

Puis, revenant au mouton:

— Et cela n’est pas trop gras?

— Non, Sire; les graisses tombent en même temps que le jus et surnagent; alors mon écuyer tranchant les enlève avec une cuiller d’argent, que j’ai fait faire exprès.