Le médecin obéit sans observation, comme on commençait dès cette époque à obéir à Louis XIV, et sortit précédant de Saint-Aignan.

— Vous, de Saint-Aignan, envoyez-moi Manicamp, avant que le médecin ait pu lui parler.

De Saint-Aignan sortit à son tour.

Chapitre CLV — Comment d’Artagnan accomplit la mission dont le roi l’avait chargé

Pendant que le roi prenait ces dernières dispositions pour arriver à la vérité, d’Artagnan, sans perdre une seconde, courait à l’écurie, décrochait la lanterne, sellait son cheval lui-même, et se dirigeait vers l’endroit désigné par Sa Majesté.

Il n’avait, suivant sa promesse, vu ni rencontré personne, et, comme nous l’avons dit, il avait poussé le scrupule jusqu’à faire, sans l’intervention des valets d’écurie et des palefreniers, ce qu’il avait à faire.

D’Artagnan était de ceux qui se piquent, dans les moments difficiles, de doubler leur propre valeur.

En cinq minutes de galop, il fut au bois, attacha son cheval au premier arbre qu’il rencontra, et pénétra à pied jusqu’à la clairière.

Alors il commença de parcourir à pied, et sa lanterne à la main, toute la surface du rond-point, vint, revint, mesura, examina, et, après une demi-heure d’exploration il reprit silencieusement son cheval, et s’en revint réfléchissant et au pas à Fontainebleau.

Louis attendait dans son cabinet: il était seul et crayonnait sur un papier des lignes qu’au premier coup d’œil d’Artagnan reconnut inégales et fort raturées.