D’Artagnan fit encore un pas en avant, décidé à intervenir, si la colère toujours grandissante du roi atteignait certaines limites.

— Monsieur, continua le roi, vous voyez qu’il est inutile de nier la chose plus longtemps. M. de Guiche s’est battu.

— Je ne dis pas non, Sire, et Votre Majesté eût été généreuse en ne forçant pas un gentilhomme au mensonge.

— Forcé! Qui vous forçait?

— Sire, M. de Guiche est mon ami. Votre Majesté a défendu les duels sous peine de mort. Un mensonge sauve mon ami. Je mens.

— Bien, murmura d’Artagnan, voilà un joli garçon, mordioux!

— Monsieur, reprit le roi, au lieu de mentir, il fallait l’empêcher de se battre.

— Oh! Sire, Votre Majesté, qui est le gentilhomme le plus accompli de France, sait bien que, nous autres, gens d’épée, nous n’avons jamais regardé M. de Boutteville comme déshonoré pour être mort en Grève. Ce qui déshonore, c’est d’éviter son ennemi, et non de rencontrer le bourreau.

— Eh bien! soit, dit Louis XIV, je veux bien vous ouvrir un moyen de tout réparer.

— S’il est de ceux qui conviennent à un gentilhomme, je le saisirai avec empressement, Sire.