— Faites, dit le roi, enchanté peut-être au fond du cœur que quelqu’un se plaçât entre lui et la colère à laquelle il s’était laissé emporter.
— Manicamp, vous êtes un brave, et le roi appréciera votre conduite; mais vouloir trop bien servir ses amis, c’est leur nuire. Manicamp, vous savez le nom que Sa Majesté vous demande?
— C’est vrai, je le sais.
— Alors, vous le direz.
— Si j’eusse dû le dire, ce serait déjà fait.
— Alors, je le dirai, moi, qui ne suis pas, comme vous, intéressé à cette prud’homie.
— Vous, vous êtes libre; mais il me semble cependant...
— Oh! trêve de magnanimité; je ne vous laisserai point aller à la Bastille comme cela. Parlez, ou je parle.
Manicamp était homme d’esprit, et comprit qu’il avait fait assez pour donner de lui une parfaite opinion; maintenant, il ne s’agissait plus que d’y persévérer en reconquérant les bonnes grâces du roi.
— Parlez, monsieur, dit-il à de Saint-Aignan. J’ai fait pour mon compte tout ce que ma conscience me disait de faire, et il fallait que ma conscience ordonnât bien haut, ajouta-t-il en se retournant vers le roi, puisqu’elle l’a emporté sur les commandements de Sa Majesté; mais Sa Majesté me pardonnera, je l’espère, quand elle saura que j’avais à garder l’honneur d’une dame.