— Votre Majesté me fait l’honneur de me le dire, répliqua La Vallière effrayée; mais je ne comprends pas en quoi l’on peut s’occuper de moi.

— Je m’en vais donc vous le dire. M. de Guiche aurait eu à vous défendre.

— Moi?

— Vous-même. C’est d’un chevalier, et les belles aventurières aiment que les chevaliers lèvent la lance pour elles. Moi, je hais les champs, alors je hais surtout les aventures et... faites-en votre profit.

La Vallière se plia aux pieds de la reine, qui lui tourna le dos. Elle tendit les mains à Madame, qui lui rit au nez.

Un sentiment d’orgueil la releva.

— Mesdames, dit-elle, j’ai demandé quel est mon crime; Votre Majesté doit me le dire, et je remarque que Votre Majesté me condamne avant de m’avoir admise à me justifier.

— Eh! s’écria Anne d’Autriche, voyez donc les belles phrases, madame, voyez donc les beaux sentiments; c’est une infante que cette fille, c’est une des aspirantes du grand Cyrus... c’est un puits de tendresse et de formules héroïques. On voit bien, ma toute belle, que nous entretenons notre esprit dans le commerce des têtes couronnées.

La Vallière se sentit mordre au cœur; elle devint non plus pâle, mais blanche comme un lis, et toute sa force l’abandonna.

— Je voulais vous dire, interrompit dédaigneusement la reine, que, si vous continuez à nourrir des sentiments pareils, vous nous humilierez, nous femmes, à tel point que nous aurons honte de figurer près de vous. Devenez simple, mademoiselle. À propos, que me disait-on? vous êtes fiancée, je crois?