— Vous plaindre, Sire, demanda le Hollandais, et de quelle offense?
Le roi sourit avec amertume.
— Me blâmerez-vous, par hasard, monsieur, dit-il, d’avoir des préventions contre un gouvernement qui autorise et protège les insulteurs publics?
— Sire!...
— Je vous dis, reprit le roi en s’irritant de ses propres chagrins, bien plus que de la question politique, je vous dis que la Hollande est une terre d’asile pour quiconque me hait, et surtout pour quiconque m’injurie.
— Oh! Sire!...
— Ah! des preuves, n’est-ce pas? Eh bien! on en aura facilement, des preuves. D’où naissent ces pamphlets insolents qui me représentent comme un monarque sans gloire et sans autorité? Vos presses en gémissent. Si j’avais là mes secrétaires, je vous citerais les titres des ouvrages avec les noms d’imprimeurs.
— Sire, répondit l’ambassadeur, un pamphlet ne peut être l’œuvre d’une nation. Est-il équitable qu’un grand roi, tel que l’est Votre Majesté, rende un grand peuple responsable du crime de quelques forcenés qui meurent de faim?
— Soit, je vous accorde cela, monsieur. Mais, quand la monnaie d’Amsterdam frappe des médailles à ma honte, est-ce aussi le crime de quelques forcenés?
— Des médailles? balbutia l’ambassadeur.