— Oui, non seulement, je le répète, ma mère était Française; mais encore, comme mon père, ami du roi Charles Ier, s’était exilé en France, et pendant le procès du prince, et pendant la vie du Protecteur, j’ai été élevée à Paris; à la restauration du roi Charles II, mon père est revenu en Angleterre pour y mourir presque aussitôt, pauvre père! Alors, le roi Charles m’a faite duchesse et a complété mon douaire.
— Avez-vous encore quelque parent en France? demanda Raoul avec un profond intérêt.
— J’ai une sœur, mon aînée de sept ou huit ans, mariée en France et déjà veuve; elle s’appelle Mme de Bellière.
Raoul fit un mouvement.
— Vous la connaissez?
— J’ai entendu prononcer son nom.
— Elle aime aussi, et ses dernières lettres m’annoncent qu’elle est heureuse, donc elle est aimée. Moi, je vous le disais, monsieur de Bragelonne, j’ai la moitié de son âme, mais je n’ai point la moitié de son bonheur. Mais parlons de vous. Qui aimez-vous en France?
— Une jeune fille douce et blanche comme un lis.
— Mais, si elle vous aime, pourquoi êtes-vous triste?
— On m’a dit qu’elle ne m’aimait plus.