— Oui, je le crois.
— Eh bien! le vicomte s’habituera à l’Angleterre. Mary a bonne tête, et, quand elle veut, elle veut bien.
— Ma chère miss Stewart, prenez garde, si le vicomte s’acclimate à notre pays: il n’y a pas longtemps, avant-hier encore, il m’est venu demander la permission de le quitter.
— Et vous la lui avez refusée?
— Je le crois bien! le roi mon frère a trop à cœur qu’il soit absent, et, quant à moi, j’y mets de l’amour-propre: il ne sera pas dit que j’aurai tendu à ce youngman le plus noble et le plus doux appât de l’Angleterre...
— Vous êtes galant, Sire, dit miss Stewart avec une charmante moue.
— Je ne compte pas miss Stewart, dit le roi, celle-là est un appât royal, et, puisque je m’y suis pris, un autre, j’espère, ne s’y prendra point; je dis donc, enfin, que je n’aurai pas fait inutilement les doux yeux à ce jeune homme; il restera chez nous, il se mariera chez nous, ou, Dieu me damne!...
— Et j’espère bien qu’une fois marié, au lieu d’en vouloir à Votre Majesté, il lui en sera reconnaissant; car tout le monde s’empresse à lui plaire, jusqu’à M. de Buckingham qui, chose incroyable, s’efface devant lui.
— Et jusqu’à miss Stewart, qui l’appelle un charmant cavalier.
— Écoutez, Sire, vous m’avez assez vanté miss Graffton, passez-moi à mon tour un peu de Bragelonne. Mais, à propos, Sire, vous êtes depuis quelque temps d’une bonté qui me surprend; vous songez aux absents, vous pardonnez les offenses, vous êtes presque parfait. D’où vient?...