— À demain!
Et il alla trouver le peintre dans sa maison de la rue des Jardins-Saint-Paul, pour le prier de remettre la séance à deux jours.
Saint-Aignan n’était pas chez lui, quand La Vallière, déjà familiarisée avec l’étage inférieur, leva le parquet et descendit.
Le roi, comme d’habitude, l’attendait sur l’escalier, et tenait un bouquet à la main; en la voyant, il la prit dans ses bras.
La Vallière, tout émue, regarda autour d’elle, et, ne voyant que le roi, ne se plaignit pas. Ils s’assirent.
Louis, couché près des coussins sur lesquels elle reposait, et la tête inclinée sur les genoux de sa maîtresse, placé là comme dans un asile d’où l’on ne pouvait le bannir, la regardait, et, comme si le moment fût venu où rien ne pouvait plus s’interposer entre ces deux âmes, elle, de son côté, se mit à le dévorer du regard.
Alors, de ses yeux si doux, si purs, se dégageait une flamme toujours jaillissante dont les rayons allaient chercher le cœur de son royal amant pour le réchauffer d’abord et le dévorer ensuite.
Embrasé par le contact des genoux tremblants, frémissant de bonheur lorsque la main de Louise descendait sur ses cheveux, le roi s’engourdissait dans cette félicité, et s’attendait toujours à voir entrer le peintre ou de Saint Aignan.
Dans cette prévision douloureuse, il s’efforçait parfois de fuir la séduction qui s’infiltrait dans ses veines, il appelait le sommeil du cœur et des sens, il repoussait la réalité toute prête, pour courir après l’ombre.
Mais la porte ne s’ouvrit ni pour de Saint-Aignan, ni pour le peintre; mais les tapisseries ne frissonnèrent même point. Un silence de mystère et de volupté engourdit jusqu’aux oiseaux dans leur cage dorée.