Le roi, quittant La Vallière, alla vers la porte; mais Raoul était déjà loin, de sorte que le roi ne vit qu’une espèce d’ombre tournant l’angle du corridor.
Chapitre CLXXIX — Deux vieux amis
Tandis que chacun pensait à ses affaires à la Cour, un homme se rendait mystérieusement derrière la place de Grève, dans une maison qui nous est déjà connue pour l’avoir vue assiégée, un jour d’émeute, par d’Artagnan.
Cette maison avait sa principale entrée par la place Baudoyer.
Assez grande, entourée de jardins, ceinte dans la rue Saint-Jean par des boutiques de taillandiers qui la garantissaient des regards curieux, elle était renfermée dans ce triple rempart de pierres, de bruit et de verdure, comme une momie parfumée dans sa triple boîte.
L’homme dont nous parlons marchait d’un pas assuré, bien qu’il ne fût pas de la première jeunesse. À voir son manteau couleur de muraille et sa longue épée, qui relevait ce manteau, nul n’eût pu reconnaître le chercheur d’aventurer; et si l’on eût bien consulté ce croc de moustaches relevé, cette peau fine et lisse qui apparaissait sous le sombrero, comment ne pas croire que les aventures dussent être galantes?
En effet, à peine le cavalier fut-il entré dans la maison que huit heures sonnèrent à Saint-Gervais.
Et, dix minutes après, une dame, suivie d’un laquais armé, vint frapper à la même porte, qu’une vieille suivante lui ouvrit aussitôt.
Cette dame leva son voile en entrant. Ce n’était plus une beauté, mais c’était encore une femme; elle n’était plus jeune; mais elle était encore alerte et d’une belle prestance. Elle dissimulait, sous une toilette riche et de bon goût, un âge que Ninon de Lenclos seule affronta en souriant.
À peine fut-elle dans le vestibule, que le cavalier, dont nous n’avons fait qu’esquisser les traits, vint à elle en lui tendant la main.