— Je l’ai pensé. Je venais donc à Fontainebleau dans un double but. D’abord, j’y étais mandée par ce franciscain que vous connaissez... À propos, comment le connaissez-vous? car je vous ai raconté mon histoire, et vous ne m’avez pas conté la vôtre.
— Je le connus d’une façon bien naturelle, duchesse. J’ai étudié la théologie avec lui à Parme; nous étions devenus amis, et tantôt les affaires, tantôt les voyages, tantôt la guerre nous avaient séparés.
— Vous saviez bien qu’il fût général des jésuites?
— Je m’en doutais.
— Mais, enfin, par quel hasard étrange veniez-vous, vous aussi, à cette hôtellerie où se réunissaient les affiliés voyageurs?
— Oh! dit Aramis d’une voix calme, c’est un pur hasard. Moi, j’allais à Fontainebleau chez M. Fouquet pour avoir une audience du roi; moi, je passais; moi, j’étais inconnu; je vis par le chemin ce pauvre moribond et je le reconnus. Vous savez le reste, il expira dans mes bras.
— Oui, mais en vous laissant dans le ciel et sur la terre une si grande puissance, que vous donnâtes en son nom des ordres souverains.
— Il me chargea effectivement de quelques commissions.
— Et pour moi?
— Je vous l’ai dit. Une somme de douze mille livres à payer. Je crois vous avoir donné la signature nécessaire pour toucher. Ne touchâtes-vous pas?